03/04/2011

Cerdagne - L’inspecteur d’académie accueilli par la fronde des hauts cantons

Jeudi soir, l’inspecteur d’académie, Dominique Beck, venu avec une délégation de l’inspection, réaffirmait en premier lieu, la décision de fermer les sections professionnelles « électrotechnique » et « hôtellerie restauration ». Les propositions de relogement de ces sections par l’ensemble des élus présents ont eu raison de la faiblesse de l’argumentation de l’inspecteur d’académie.

On connaît l’adage « on a gagné une bataille mais pas encore la guerre ». C’est ce qui pourrait résumer la réunion plus qu’agitée qui s’est déroulée jeudi soir dans la salle du Lycée Pierre de Coubertin à Font-Romeu, réunion de laquelle, la presse a un temps été refoulée. La teneur de ce rendez-vous était pour l’inspecteur d’académie : « une réunion d’information organisée par l’ALEFPA et l’Education nationale en direction des parents d’élèves concernés par la fermeture des voies professionnelles à la Perle Cerdane ». Mais c’est à une mobilisation générale des élus de Cerdagne Capcir, du corps enseignant, des parents d’élèves, élèves et population montagnarde que s’est heurtée la délégation de l’inspection académique.

Encore des chiffres

L’inspecteur d’académie a tout d’abord présenté les filières devant disparaître et les solutions proposées aux jeunes. Pour la restauration et l’hôtellerie, des investissements énormes ont été effectués…. sur la plaine ! 40 à 50 millions d’euros pour le futur lycée d’Argelès qui devrait ouvrir en 2014. Pour le secteur électrotechnique, « des réfections ont été faites sur le lycée de Prades et le lycée Charles Blanc à Perpignan, de l’ordre de 10 à 12 millions d’euros ». Des investissements lourds dont personne ne peut se plaindre quand il s’agit d’améliorer la formation professionnelle. Dans le public, une enseignante invective l’inspecteur « On a droit ici à de la formation, vous ne voulez pas investir en Cerdagne ». Et puisque tout est chiffre à l’inspection, il ne manquait plus à l’inspecteur d’académie qu’à annoncer le calendrier de la rentrée 2011-2012 « Il n’y aura plus aucun recrutement à la Perle Cerdane pour la section restauration hôtellerie et la section électrotechnique est supprimée. Le secteur tertiaire est transféré au lycée de Font-Romeu. Cela a été acté avec le recteur en accord avec l’ALEFPA ».

Des locaux soudain dépassés

Pourquoi ne pas garder dans l’enceinte de l’ALEFPA les locaux de l’Electrotechnique et de la restauration hôtellerie et maintenir ces sections indispensables à l’équilibre du territoire ? « Il y a une grande insécurité dans ces bâtiments et aujourd’hui les exigences techniques ne sont pas réunies sur la Perle Cerdane » disent Christophe Paillard, directeur de l’ALEFPA et Christian Sarboni, inspecteur de l’Education Nationale économie et gestion. « Depuis 6 mois, depuis la rentrée scolaire, vous accueillez donc nos enfants dans des locaux dangereux ?» se révoltent les parents présents. Au fil de la réunion, la faiblesse des arguments de l’inspection s’est faite jour.

Quelle concertation ?

Si le département peut se targuer d’avoir dans 3 ans un lycée tout nouveau tout beau à Argelès, « L’argent vient aussi bien de la population d’en bas que de la montagne. Pourquoi ne pas en mettre un peu ici. Quelle équité ! » dira encore un élu cerdan. « Les locaux dépassés, ce n’est pas un problème, même si j’en doute. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage. Vous ne nous avez jamais concerté. M. l’inspecteur, vous avez l’attitude d’un chasseur qui a sa cartouchière pleine. Vous êtes monté en Cerdagne pour tirer à vue » s’insurge le conseiller général Georges Armengol. Mais des solutions de relogement des sections en péril ont fleuri parmi les élus comme les crocus au printemps.

« Sur l’initiative, je suis favorable »

Suzanne Délieux, conseillère régionale dira encore « Le lycée d’Argelès n’est pas fait pour vider la Cerdagne de ses enfants en formation. Si on vous propose des locaux, êtes-vous capable de maintenir les formations ? ». « La porte est ouverte. Si le Conseil Régional donne une délibération demandant l’ouverture de formation dans les normes, nous suivrons. Sur l’initiative que vous proposez, je suis favorable » dira enfin l’inspecteur. « Si justement il y a une possibilité de créer, par exemple un grand pôle d’excellence technologique, ne supprimez pas ce qui existe, de façon à préparer l’avenir » argumente encore Marcel Peytavi, maire de Latour de Carol.

Les jeunes montent au créneau

Grand moment d’émotion toutefois, quand les élèves des sections concernées, se sont avancés comme un seul homme et dignement, pour affronter l’inspecteur et leur dire leur refus de partir d’un territoire qui leur apporte de la formation qualifiante et leur assure un travail. Parents en pleurs et applaudissements ont accompagné ce baroud d’honneur de jeunes très dignes dans leur révolte. « Avez-vous mesuré la dimension de votre décision et le désarroi de ces jeunes que vous avez en face de vous. Vous désagrégez un outil extraordinaire des hauts cantons. Au lieu de faire le fossoyeur de notre territoire, soyez positif » dira encore Georges Armengol.

les élèves face à l'inspecteur.jpg

L’inspecteur d’académie, finalement concèdera « Avec vous élus, nous allons nous voir, très vite pour faire une proposition de déménagement des locaux au Recteur. Si le projet est monté dans le respect des examens nationaux, je ne vois pas pourquoi on s’y opposerait ».

L’enterrement de première classe n’aura pas eu lieu cette semaine, en espérant que la porte entrouverte par l’inspecteur d’académie sera celle que pousseront encore à la rentrée, les élèves d’électrotechnique et de l’hôtellerie restauration, d’un bâtiment ouvert pour eux, en Cerdagne.

une salle remplie.jpg

La position de l’inspecteur d’académie a été moins radicale en fin de réunion. D’ici quelques semaines, les élèves (en photo) sauront s’ils peuvent finir leur cursus en section professionnelle en Cerdagne, partir à Perpignan ou abandonner leur formation.

 
La parole au représentant des parents d’élèves D. Del-PINO :

Une réunion n’a t-elle pas pour but de dialoguer, il faut croire que non, car le jeudi 31 mars, se tenait au lycée de Font Romeu une « réunion » avec l’inspecteur d’académie au sujet de la fermeture du lycée professionnel La Perle Cerdane à Osséja, cette « réunion » fut en fait un monologue. L’inspecteur n’était pas venu pour dialoguer mais pour imposer un fait !!!!!

Il nous parle en premier lieu de l’insécurité des élèves dans ce bâtiment, comment alors pour la rentrée 2010/2011 a t-on pu prendre les inscriptions d’élèves, l’insécurité est elle venue en seulement 6 mois ? A ces belles paroles, les élus présents, conseillers généraux, conseillère régionale souhaitent garder l’enseignement professionnel dans notre secteur montagne. Ils proposent des locaux avec les mises aux normes. Il n’y aurait  comme seul soucis pour le rectorat,  la gestion du personnel (qui par ailleurs n’est pas difficile à trouver puisqu’il est déjà en place à La Perle Cerdane). Mais là, blocage de l’inspecteur, il est prêt à dialoguer avec les élus mais en faisant comprendre que cela ne serait pas réalisable (ne fait-il donc pas confiance aux élus ruraux ? Ne payons nous pas nos impôts comme en plaine ?)

Les personnes présentent ont été surprise de la détermination de Mr Paillard (directeur de l’ALEFPA qui accueille dans ses murs le lycée. Il cherche par tout moyen à démontrer qu’il n’est plus possible de garder le lycée dans ses murs : lui aussi parle d’insécurité, comment alors peut il recevoir encore les enfants du centre médico-social ? Veut-il couler son propre centre médico-social et les autres maisons d’accueils d’enfant du secteur car il ne faut pas négliger que pour pouvoir accueillir des jeunes patients, il faut pouvoir leur offrir un enseignement près de leur centre d’accueil. Le manque de soutien de Mr  le proviseur du lycée de Font Romeu (mais ne l’oublions pas directeur également du Lycée La Perle Cerdane) a également était ressenti dans l’assistance. En tout cas nous ne connaîtrons pas sa position sur le sujet. Le silence peut en dire long.

Quant à la presse, la loi sur l’info aurait-elle changée puisque l’inspecteur d’académie a refusé l’accès de la salle à la journaliste de l’Indépendant Cerdagne Capcir. Heureusement, son collègue du Capcir, moins connu sur le Lycée a pu entrer incognito. Qu’est ce que cela signifie, il ne faut peut être pas ébruiter le manque d’intérêt qu’inspire la population des hauts cantons à notre rectorat ? Alors les questions se posent : nos enfants ont-ils le droit à l’éducation comme les autres ?,  les élèves de montagne sont-ils considérés comme la dernière roue du carrosse afin de compléter les effectifs des établissements des villes ? Les professeurs du secteur montagne n’ont-ils pas les mêmes capacités à enseigner que ceux de la plaine ? Ou tout simplement nous prend-on pour des idiots ??